Edito : à l''occasion du décès de Jean Bastaire

 

 Jean Bastaire est né en 1927 à Chamalière ville à laquelle il a toujours beaucoup tenu. Après la guerre il eut des problèmes pneumologiques qui lui permit l’heureuse rencontre d’Hélène, pneumologue au sanatorium.

 

• La vie de jean a été un Chemin vers le christianisme. Il s’y est converti finalement assez tardivement.

 Mais il y fut sensibilisé par son épouse Hélène, passée en Christ, « à la source de toute gloire » (selon son expression) en 1992. Elle fut toujours présente à ses côtés comme une sorte d’anticipation de la communion des saints. De même, l’écologie a d’abord été l’affaire d’Hélène qui s’est investie dans diverses associations de protection de la nature. C’est elle qui lui attira son attention sur les problèmes écologiques et il put progressivement faire des connexions avec sa foi chrétienne. Cependant la plupart de ses livres sur l’écologie chrétienne ont été écrit après le départ de son épouse. Mais comme il l’a considérait comme son inspiratrice, il estimait qu’elle était autant que lui auteur de ce qu’il écrivait, c’est pourquoi il associait toujours le nom d’Hélène à sa signature.

 Le rapport spirituel qu’il entretenait avec Hélène après sont décès fut pour lui l’occasion de développer une spiritualité du couple aux élans eschatologiques. C’est à cause de ce lien qu’il tient tant à être enterré à Chateauneuf en Thimerey en Eure et Loir, lieu de la sépulture de sa femme.

 

 • Dans la vie de Jean il faut signaler l’importance de la place de la lecture. Tout d’abord celle de Charles Péguy dont il fut non pas un connaisseur au sens académique, mais il fut celui qui vécu de son œuvre. En dehors de son activité professionnelle de professeur d’italien par correspondance, le travail auprès de l’association « Amitié Charles Péguy » fut certainement celui qui l’occupa le plus tout au long de sa vie avant qu’il ne consacre toutes ses énergies à faire sensibiliser le public à l’écologie chrétienne.

 

 Il fut également lecteur de Paul Claudel, mais aussi du philosophe Emmanuel Mounier, du théologien Henri de Lubac. Je crois qu’il ne manque pas un volume à sa collection des volumes des Sources Chrétiennes. Il a une connaissance très complète des pères de l’Eglise dont les textes sont parsemés dans l’ensemble de ses livres sur l’écologie chrétienne. Il fut également collaborateur à la revue Esprit.

 

 • Il écrivit de nombreux ouvrages, un peu plus de 40 : de nombreux essais, des recueils de poèmes, des pièces de théâtre dont certaines ne sont pas encore publiées.

 

 • A partir des années 1990, sa production littéraire s’orienta vers les questions d’écologie. Il développa une sensibilité à la création au cœur de la foi chrétienne, une sensibilité à la dimension concrète. Il parlait même  d’une « Exigence écologique chrétienne » comme en témoigne le titre d’un de ses articles dans Etudes. Les chrétiens ont une « mission cosmique ».

 

 • C’est dans les rangs des jésuites qu’il a particulièrement puisé pour sa réflexion. Il a entretenu une certaine proximité (critique) avec l’œuvre de Teilhard de Chardin, pionnier dans ce domaine. Il a correspondu avec Henri de Lubac, et le jour de son départ, Jean m’a redit qu’il se considérait comme un disciple de Hans Urs von Balthasar. Mais c’est au P. François Euvé ici présent, directeur de la revue Etudes et professeur de théologie au Centre Sèvres de Paris, qu’il soumit bon nombre de ses livres pour une relecture théologique avant publication. Jean découvrit tardivement l’œuvre du théologien allemand Jürgen Moltmann, en particulier dans son rapprochement entre la création et l’eschatologie. Il se réjouissait que les papes successifs promeuvent un engagement de l’Église dans le domaine de l’écologie, mais aussi quelques évêques (qu’il appelait fièrement ses « protecteurs ») et avec lesquels il entretenait une correspondance soutenue.

 

 • Dans le sillage du Cantique des créatures de François d’Assise Jean rêvait de la constitution de « petits frères et petites sœurs de la création ». C’était pour lui être face à une tâche immense qui, à la fois, accable et exalte. Il aurait aimé que les franciscains soient ces frères de la création et il a souvent témoigné de son désarroi devant le manque d’intérêt des frères mineurs pour l’écologie. La présence d’un franciscain parmi nous aujourd’hui est un hommage et le signe que cet appel a été entendu, au moins par quelques uns. Mais au cours de nos rencontres, il me disait qu’il naurait pas l’occasion de voir naître ce mouvement de frères et sœurs de la création, car celui qui sème n’est pas tout le temps celui qui récolte.

 

• Il estimait que le christianisme pouvait apporter à la sensibilité et aux courants écologistes une réflexion sur le sens de leur démarche. L’écologie n’est pas seulement affaire scientifique, éthique (comment faire) ou politique ; elle est affaire spirituelle, métaphysique, car c’est le sens même de la condition humaine dans le monde qui est concerné.

Il écrivait en 2005 : « La tâche des chrétiens est aujourd’hui de rechristianiser la matière, de rebaptiser la création, de resanctifier l’univers » (« Exigence d’une écologie chrétienne », Etudes, septembre 2005, p. 210). Et plus loin, Ils doivent « redécouvrir leur propre doctrine » (211).

Malgré son caractère passionné, il ne répugna pas à la discrétion. Il lui semblait que son œuvre n’était pas reconnue à la hauteur de ce qu’il avait le sentiment d’apporter à la réflexion chrétienne. Il nourrissait un sentiment d’incompréhension, à tort ou à raison. Il était étonné que les chrétiens aient oublié la dimension cosmique du salut, pourtant si présente dans l’Écriture et la pensée chrétienne des premiers siècles. Il était heureux d’avoir découvert des théologiens sensibles à cette dimension.

 

 • En apparence il développait l’énergie d’un infatigable militant, malgré une santé fragile depuis ses ennuis de jeunesse. Il pestait pourtant souvent contre son vieil âge. Il se plaignait d’une diminution progressive de sa santé qui ne fut vraiment perceptible que dans les derniers mois de sa vie. Il avait l’air toujours le même, au moins ces cinq dernières années. Il vivait en fait un grande « Impatience à voir arriver l’heure de Pâques » (Teilhard l’impatient).

Il attendait la parousie avec impatience, le retour du Christ dans la gloire. Cette attente était renforcée par le sentiment que le monde chrétien, trop influencé par un dualisme de type gnostique, n’attend plus cet accomplissement de la création.

« Assurer la Pâque de l’univers » écrivait-il en 2006. « Rien n’est plus urgent que d’affirmer cette Pâque de l’univers entier » (01/10/2006).

 Nous pouvons espérer qu’il y est désormais entré. Et l’eucharistie que nous célébrons aujourd’hui est un moment privilégier pour faire mémoire de la résurrection du Christ qu’il professait encore quelques heures avant de nous quitter, et nous pouvons espérer avec lui l’avènement de cette Pâque sur l’univers.

 

Pour aller plus loin...

 

Lire ici un article de Sylvaine Lobert, artiste peintre et membre d''Oeko-logia : Hommage à Jean Bastaire