Hommage à Jean Bastaire,

penseur chrétien d’une immense valeur, qui vient de nous quitter, le 24 août 2013.

 

Cet écrivain amoureux de Claudel et de Péguy après avoir collaboré à la revue Esprit est devenu  le pionnier de l’éveil écologique spirituel chrétien,  auquel il a donné un élan initial depuis les années 90.

Tout ne peut se centrer sur l’Homme seul. Pourtant son rôle est bien central dans la Création, dont il est destiné à être le bon jardinier, et non pas ce tyran accaparant tout à son propre usage sans principes ni ménagements, et  encore moins son bourreau. A la fin des temps le Christ viendra renouveler, accomplir et magnifier non pas l’homme seul, mais le cosmos tout entier, l’ensemble de la Création, qui déjà Le loue et le glorifie, nous devançant dans notre rôle sacerdotal complémentaire de célébration et de louange. Une description de la Parousie si belle, si élargie, qu’elle élève en nous un soupir de soulagement, de délivrance, en nous ouvrant l’espace des perspectives infinies, non plus limitées à l’homme seul, comme un bel habit trop étroit, et qui apportent une véritable réponse à notre intime attente. Elle nous rend une espérance flamboyante, qui libère la plénière perception de l’Amour qui sous tend l’œuvre divine, et  qui équilibre la vigueur de la prise de conscience radicale de l’ampleur des erreurs humaines, dont il a su aussi faire une critique si vigoureuse.

 

Et dans cette perspective, la charité, nous aimer les uns les autres, c’est aussi veiller à ce que l’homme s’épanouisse en sa vocation harmonieuse, pleinement intégrée au cosmos, sur le plan vital comme sur le plan de l’âme, et à ce que les causes des souffrances et misères soient abolies par une meilleure gestion du monde. L’évangélisation d’aujourd’hui devrait se recentrer prioritairement sur ces bases essentielles, dont l’élaboration est une mission première pour les chrétiens désormais.

 

Il aurait aimé matérialiser une rencontre médiatisée avec Pierre Rabhi dont la parole forte et belle, si juste, a retenti simultanément en ces XXème et début de XXIème siècle,  et celui-ci le souhaitait aussi. Ces deux grandes figures ouvrent magistralement une voie nouvelle  vers un changement de paradigme, fondement solide et vrai, de nature profonde, pour la renaissance d’un monde qui court de plus en plus vite à sa perte. Tous deux ont apporté la claire conscience du désastre matériel et existentiel (Pierre Rabhi complète la dénonciation avec à la fois une perspicacité et une lucidité sidérante et une humanité, une humilité impressionnantes)  tout en nous montrant de façon complémentaire des solutions qui nous ouvrent un avenir possible et meilleur. Ecoutons ces éveilleurs et prophètes pour notre temps, qui nous mettent sur le rail du bon sens et de la vérité.

 

Même si l’auteur de « Pour un Christ Vert » a eu souvent l’impression de prêcher dans le désert, cet amoureux de la Terre a eu le temps de comprendre avant de rejoindre ce Ciel dont il parlait si bien, qu’une véritable lame de fond salvatrice se développait lentement, discrètement  et paisiblement, mais sûrement, dans le monde chrétien où livres, groupes de travail et initiatives se multiplient. Lui qui rêvait de « Petits frères et Petites sœurs de la Création » a  au moins vu naître la culture agrobiologique dans certains monastères, le groupe de réflexion en spiritualité de l’écologie Oekologia, les Assises Chrétiennes de l’écologie, a entendu s’élever de nouvelles voix, a apprécié de voir les Papes se montrer sensibles de façon croissante à la question écologique,  tant d’autres choses...Ce n’est encore que l’aube du déploiement d’un mouvement issu de la portée de son message vigoureux et lumineux, ou convergeant avec celui-ci. N’en doutons pas, le grain de blé tombé en terre va fructifier au centuple..

 

Avec Saint François d’Assise nous remercions de tout notre cœur et de toute notre âme ce grand frère aîné, ce cadeau Divin, qui, en communion de prière avec son épouse Hélène trop tôt décédée, nous a ouvert le chemin…et nous rendons grâce à Dieu.

 

Sylvaine Lobert.

Membre d’Oekologia.

 

Quelques titres :

- Le chant des créatures (Cerf, 1996)

- Lettre à François d'Assise sur la fraternité cosmique (6 décembre 2001)

- Pour une écologie chrétienne (Cerf, 2004)

- Le rire de l'univers : Traité de christianisme écologique de Jürgen Moltmann et Jean Bastaire (28 octobre 2004)

- Approche franciscaine de l’écologie de Michel Hubaut et Jean Bastaire (2008)

- Pour un Christ Vert  (Salvator, 2009)

- La création, pour quoi faire ? (mars 2010 )

- La terre de gloire : Essai d'écologie parousiaque ( juin 2010)