Chronique FabienR. 19-oct-2020

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Chronique d’Écologie intégrale tous les lundis sur Radio Espérance.

Acronyme LS : Laudato Si’

Chronique d’écologie intégrale du lundi 19/10/2020/

Fratelli tutti et l’écologie intégrale 2

Je continue mes réactions à FT en cherchant les points d’articulation avec l’EI. Je repère encore un certain nombre de thèmes que je vous partage aujourd’hui. Commençons par la question des migrants qui est un sujet inclus par le Pape François lui-même parmi les problématiques de l’EI. La fraternité pousse à l’accueil inconditionnel, mais cet accueil n’est ni béat ni inconsidéré pour autant. François manifeste une lucidité intéressante sur la reconnaissance des réactions basiques de l’être humain dans la peur de l’autre : (FT 41) « Je comprends que certaines personnes aient des doutes et éprouvent de la peur. Je considère que cela fait partie de l’instinct naturel de légitime défense. […] Ainsi la peur nous prive du désir et de la capacité de rencontrer l’autre. » Il en va de même dans la réaction à crise écologique. François reconnaît la légitimité de la peur et de l’anxiété des composantes de notre humanité mais appelée à être dépassées par l’espérance qui naît de la foi. Cela dit François exprime la même confiance que dans LS dans les capacités de l’humain à faire face FT 54 : « En effet Dieu continue de répandre des semences de bien dans l’humanité ». cf LS dans laquelle il répète sa confiance dans les capacités humaines à trouver des solutions bonnes et justes pour la crise écologique. Dans FT il est de nouveau question de réagir à une ou des clameurs. Mais qu’est-ce que cela signifie que de réagir à la clameur des pauvres et de la terre qui fait partie des pauvres ? FT 68 nous l’indique : « Cela devrait nous indigner au point de nous faire perdre la sérénité, parce que nous aurions été perturbés par la souffrance humaine. C’est cela la dignité ! » Il s’agit ici de la dignité de celui qui vient porter réponse à la clameur, pas de celle des pauvres et souffrant. Dans la continuité et malgré cette dignité, le pape a conscience de ce que ce n’est pas parce qu’on a la foi qu’on est meilleurs que les autres : FT 73 « Une personne de foi peut ne pas être fidèle à tout ce que cette foi exige d’elle, et pourtant elle peut se sentir proche de Dieu et avoir plus de dignité que les autres. ». L’option préférentielle pour les pauvres, que ce pauvre soit humain, ou la planète est une conséquence de notre rencontre du Christ (LS 217). L’enjeu éthique est un enjeu théologique donné dans EG 41 : nous devons configurer nos comportements de la Révélation correctement reçue et comprise. Les conséquences de cela sont visibles dans LS en ce qui concerne l’EI en général ainsi que dan QA, et dans FT en ce qui concerne la fraternité humaine. François continue de décliner les principes de l’EI et notamment « Le tout est plus que la somme des parties ». Pour François : un peuple c’est plus qu’une société laquelle n’est que l’agrégation des individualités. FT 78. C’est pourquoi il est important pour une personne d’appartenir à un peuple. C’est structurant de la personne que de vivre cette appartenance car nous recevons une part d’humanisation dans l’inscription de la personne dans les réseaux d’interdépendance d’une communauté. D’après la théologie du peuple qui sous-tend la réflexion de François depuis EG en passant par LS et QA : la culture et les aspirations populaires sont des expressions d’une parole de Dieu présente par création, mais aussi par l’inspiration de l’Esprit Saint. Il apparaît ainsi une dimension intéressante mais paradoxale chez François : c’est cette tension entre faire peuple localement, et adopter une posture de fraternité universelle sans frontière. Encore une fois l’un est indissociable de l’autre : FT 99 : « L’amour qui s’étend au-delà des frontières a pour fondement ce que nous appelons « l’amitié sociale » dans chaque ville ou dans chaque pays. » Pas d’amour universel s’il n’y a pas d’amour enraciné dans sa communauté locale. Il n’est ainsi pas étonnant que François décline cela dans la perspective de la DSE. Il rappelle ici le sens du Bien commun qui est à distinguer de l’intérêt général comme la somme des intérêts individuels. FT 105. Le BC ne peut se construire sans cette tension entre fraternité universelle et enracinement local. De même, sur la destination universelle des biens, le pape reprend ce qu’il disait dans LS. Il cite l’adage de Grégoire le Grand : « Quand nous donnons aux pauvres les choses qui leurs sont nécessaires, nous ne leur donnons pas tant ce qui est à nous, que nous leur rendons ce qui est à eux. » Cela l’invite à répéter comme dans LS le fait que la propriété privée n’est pas un absolu mais doit être subordonnée à la destination universelle des biens et à la construction du BC et pour le DI de la personne humaine. FT 120-124. Plus sur FT la prochaine fois.