Chronique FabienR. 26-oct-2020

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Chronique d’Écologie intégrale tous les lundis sur Radio Espérance.

Acronyme EI : Écologie Intégrale ; FT: Frattelli Tutti

Chronique d’écologie intégrale du lundi 26/10/2020/

Fratelli tutti et l’écologie intégrale 3

Je poursuis mon petit parcours à travers FT pour dégager les point d’articulation entre cette encyclique et le projet de l’EI mis en œuvre par le pape François. A travers la relation à l’autre on s’en doutait un peu se trouve l’argument fondateur qu’est la dignité de la personne humaine. Dans ce domaine le pape fait preuve d’une fidélité tant au fond qu’à la forme de la tradition catholique ainsi qu’à ses prédécesseurs. Il en rappelle le fondement : être créé à l’image de Dieu. Le n° 213 est particulièrement magistral dans l’énoncé de cette dignité de la personne humaine je le lis en entier tellement il est bien fait : « S’il faut respecter en toute situation la dignité d’autrui, ce n’est pas parce que nous inventons ou supposons la dignité des autres, mais parce qu’il y a effectivement en eux une valeur qui dépasse les choses matérielles et les circonstances, et qui exige qu’on les traite autrement. Que tout être humain possède une dignité inaliénable est une vérité qui correspond à la nature humaine indépendamment de tout changement culturel. C’est pourquoi l’être humain a la même dignité inviolable en toute époque de l’histoire et personne ne peut se sentir autorisé par les circonstances à nier cette conviction ou à ne pas agir en conséquence. L’intelligence peut donc scruter la réalité des choses, à travers la réflexion, l’expérience et le dialogue, pour reconnaître, dans cette réalité qui la transcende, le fondement de certaines exigences morales universelles. » On est ici dans la grande tradition de l’enseignement de l’Eglise sur le respect de la personne humaine. C’est également ce qui fonde l’écologie humaine dans LS, dans la suite de JPII et BXVI. Cela implique de considérer tout être humain comme frère ou sœur. Il met en application ce principe en FT124 dans son attention portée aux réseaux sociaux et en particulier aux appels à la haine qui s’y déploient envers des personnes stigmatisées, si ça rappelle un élément d’actualité. Cela se déploie ensuite dans le domaine de l’économie en FT169. La finalité de l’organisation économique est le service de la dignité de la personne humaine et non pas le système économique en lui-même.

De même pour construire ce monde plus fraternel, le pape n’a pas peur d’avoir recours au outils du progrès technologique, dans la mesure ou sa finalité est bien la dignité de la personne humaine et non pas un progrès indéfini qui serait sa propre fin. FT 135. Respecter la dignité de la personne humaine, c’est donner à chacun un travail décent comme selon la plus pure tradition de la DSE. Il ne revient cependant pas sur l’idée que certains métiers pourraient être néfaste à la création comme néfaste à la fraternité selon ce qu’il en dit dans LS. FT 162 il affirme : « Les mécanismes de production ont beau changer, la politique ne peut pas renoncer à l’objectif de faire en sorte que l’organisation d’une société assure à chacun quelque moyen d’apporter sa contribution et ses efforts. » La dignité ici est donc cette capacité de contribuer au bien commun. Pour cela, gros défi, la politique ne doit pas se soumettre à l’économie FT 177.

Le thème suivant apparaît aux n° 144 et190 celui de la figure du polyèdre en FT 215 il en rappelle la définition qu’il avait déjà présenté en EG : « Le polyèdre représente une société où les différences coexistent en se complétant, en s’enrichissant et en s’éclairant réciproquement, même si cela implique des discussions et de la méfiance. » Ce polyèdre cherche à signifier à la fois unité du tout dans le respect de l’affirmation de l’identité de chacune des facettes qui compose la figure. Si ça peut parler à certain des auditeurs pensez à la boule à facette des boîtes de nuit… C’est dans ce contexte que le pape réintroduit la quatrième des lois de l’EI : « l’unité est supérieure au conflit » en invitant à créer une éducation basée sur le dialogue, dans le cadre d’une culture de la rencontre qu’il appelle de ses vœux. Il en rappelle la définition d’EG 228 : « Il ne s’agit pas de viser au syncrétisme ni à l’absorption de l’un dans l’autre, mais à la résolution à un plan supérieur qui conserve en soi les précieuses potentialités des polarités en opposition. » Le pape complète en disant que dans une société, les tensions entre les différents pôles d’identité doivent exister et elles ne soient pas mauvaise en elles-mêmes. La société des bisounours n’existent pas. Et donc en FT 215, fidèle à son approche de LS, François ne dit pas qu’il faut éviter le conflit ou le nier car il reconnaît qu’il est souvent « inéluctable » en FT 240. Il affirme face à cela la force du message chrétien qui doit mettre en avant le pardon. Cela nous conduit au thème de la paix que nous verrons la semaine prochaine.