Chronique FabienR. 11-nov-2020

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Chronique d’Écologie intégrale tous les lundis sur Radio Espérance.

Acronyme LS : Laudato Si’

Chronique d’écologie intégrale du 11/11/2020

L’écologie le nouveau jardin de l’Eglise.

Dans la suite de l’encyclique Fratelli Tutti, je voudrais vous partager un cas qui illustre bien la perspective de cette encyclique en lien l’EI : Le dialogue, au sein de l’Eglise catholique en ce qui concerne les questions écologiques. Est-il besoin de préciser que c’est un thème qui ne fait pas l’unanimité et qui challenge bien des catholiques qui essaient de rester fidèles au pape ? François, dans FT 198 écrit, je cite, « Se rapprocher, s’exprimer, s’écouter, se regarder, se connaître, essayer de se comprendre, chercher des points de contact, tout cela se résume dans le verbe ‘‘dialoguer’’ »… puis en FT 201 : « L’habitude de disqualifier instantanément l’adversaire en lui appliquant des termes humiliants prévaut, en lieu et place d’un dialogue ouvert et respectueux visant une synthèse supérieure. » C’est parfois ce qui risque de se passer entre nous catho au sujet de l’écologie… C’est pourquoi j’ai tenté une aventure un peu étrange en compagnie, non d’un adversaire de l’EI, mais plutôt d’un catho écolosceptique en demande de dialogue : M. Stanislas de Larminat. Ce Monsieur, très charmant au demeurant, a écrit des ouvrages dénonçant ce qu’il appelle « les contre-vérités » de l’écologisme, et mettant en garde contre ce qui lui semble être une collusion maladroite, à savoir l’intégration du discours écologique par l’Eglise catholique. Ayant entendu parler de moi par des connaissances communes, voici qu’il me contacte pour entrer en dialogue. La rencontre s’est soldée par une sorte de retraite passée ensemble dans un monastère bénédictin afin d’enregistrer nos dialogues, pour ensuite les transcrire et en faire un livre que je vous annonce : L’écologie, le nouveau jardin de l’Eglise, aux éditions peuple libre, et sorti ces jours-ci en librairie. Nous partons du constat que le débat écologique dans l’Église est particulièrement rare sur le fond. M. de Larminat et moi-même avons pris au mot l’invitation du Pape François « à un débat honnête et transparent », dans la mesure où, écrivait-il, « l’Église n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique » (LS 188). Comme le dit le Père Nicolas BUTTET, dans sa préface de notre livre: « Fabien Revol et Stanislas de Larminat échangent entre eux… Une telle démarche apparaît comme prophétique dans l’Église catholique de notre temps. Il est si difficile en effet d’oser le dialogue, d’affronter avec maturité humaine et liberté intérieure les divergences de vue ou d’opinion dans l’Église ».

Pour rappel, je suis, théologien et philosophe, coordinateur du Centre Interdisciplinaire d’Ethique de l’Université Catholique de Lyon, et titulaire de la Chaire Jean-Bastaire pour une vision chrétienne de l’écologie intégrale, et l’auteur d’une série de livres qui commentent et prolongent l’encyclique Laudato si’ du Pape François. Dans le sillage de ce dernier, je défends l’idée que l’engagement à la sauvegarde de la maison commune fait partie intégrante de la foi chrétienne. C’est donc au nom de la vertu théologale d’Espérance découlant du mystère de la Résurrection du Christ que le chrétien doit répondre à la vocation à être gardien de la création. Stanislas de Larminat, est agronome et bio-éthicien, auteur de plusieurs ouvrages sur l’écologie, et a toujours considéré que le consensus était plus un argument d’autorité, qu’un élément de preuve en matière de sciences écologiques. Pour la recherche de la vérité, il croit aux vertus du débat contradictoire pour faire émerger l’autorité des arguments échangés. Persuadé que l’homme doit se mobiliser pour plus de justice dans le monde, il pense qu’une certaine forme de catastrophisme éclairé, même pour une bonne cause, est un facteur de démobilisation : la peur et le mensonge paralysent l’action, même à petites doses, alors que la Vérité rend libre et peut démultiplier l’énergie des bonnes volontés. Ces divergences sont représentatives de la réalité des catholiques d’aujourd’hui face aux problématiques d’écologie et risque de créer des rancœurs et des inerties inutiles alors que tous sont convaincus de l’importance de la sauvegarde de la création au sein de la foi chrétienne. Il nous restait à réfléchir en quoi « Amour et Vérité » devaient être vécus avec authenticité en matière d’écologie. Nous nous sommes rencontrés dans un esprit d’ouverture et de dialogue pour mettre en commun sous la forme d’une dispute bienveillante, à la fois ce qui nous unit et la distance existant entre certaines de nos positions, pour la recherche de la paix de l’Eglise et l’engagement pour la sauvegarde de la maison commune par la mise en œuvre d’une écologie intégrale.