Chronique FabienR. 6-fév-2021

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Chronique d’Écologie intégrale tous les lundis sur Radio Espérance.

Chronique d’écologie intégrale du 5ème dimanche TO Année B

Samedi 06/02/2021

Le livre de Job que nous écoutons ce dimanche est une des sources pour penser ce que le pape François appelle la clameur des pauvres dans la perspective de la théologie des peuples. Dans ce passage très désespéré, nous avons l’expression d’une plainte qui monte vers Dieu et une aspiration très forte au Salut ; un salut très concret qui appelle une action de libération d’un mal factuel, d’une oppression, d’une accumulation et une convergence de maux et de malheurs. Cette expression est terrible : « depuis des mois je n’ai en partage que le néant, je ne compte que des nuits de souffrance. » Pour le pape François, une telle expression de souffrance résonne comme une parole de Dieu, même quand cette clameur monte de personnes qui vivent aujourd’hui et sont soumises à un ou des malheurs d’ordre social, politique ou écologique.

D’une part, du point de vue de la DSE cette attention à la clameur des pauvres relève du principe permanent qu’est l’option préférentielle pour les pauvres. Celle dont Jésus témoigne dans l’évangile alors qu’il parcourt la Galilée en guérissant les malades et en expulsant les démons. Il entend le cri de la prière de ceux qui souffrent et attendent un relèvement. Cette clameur est aujourd’hui une interpellation objective du chrétien à résoudre les injustices qui affligent les plus pauvres. Non pour un quelconque humanisme fût-il chrétien. Mais parce qu’à travers les pauvres, c’est Dieu lui-même qui nous appelle et nous interpelle.

Parce que d’autre part, cette clameur en tant qu’elle porte la vérité de l’attente du Salut est une parole inspirée par l’ES. Dans le passage de Job, ce texte se termine d’ailleurs par un appel au secours adressé à Dieu dans la confiance que celui-ci écoute. Une parole sobre dans sa simplicité, une demande qui va droit au but : « Souviens-toi, Seigneur ».

Le Ps 146 apporte un éclairage étonnant. Il nous enseigne que dans cette situation de souffrance, la louange est malgré tout possible car le croyant sait bien que Dieu l’écoute et qu’il ne sera pas abandonné. Le propre de Dieu est confessé : « il guérit les cœurs brisés et soigne leurs blessures. » Pourquoi Dieu peut-il faire cela à votre avis, pourquoi est-il qualifié pour une telle action ? C’est parce qu’il est le Créateur du ciel et de la terre, pardi. S’il est créateur, c’est qu’il est doté d’une puissance telle que le relèvement de quelque malheur ne devrait pas être trop difficile pour lui : « il est grand, il est fort, notre Maître: nul n’a mesuré son intelligence » dit le psaume. C’est une constante de la foi biblique que de s’assurer de la capacité divine à sauver comme un aspect presque trivial par rapport à la puissance requise pour créer le monde, une puissance qui dépasse les limites et de l’imagination humaine et de la raison.

Alors il faut comprendre l’action de Jésus dans cette perspective. Son action salvifique sur la croix et son action de délivrance et de libération du malheur pendant sa vie public relèvent effectivement de cette même foi, et j’ai envie de dire de manière encore plus explicite. Jésus qui soigne, qui guérit et qui domine les démons, c’est le Verbe incarné par qui toute la création a été faite. N’est-il pas une évidence que les éléments de la création doivent lui obéir quand il leur commande ? Jésus est bien celui qui affirme sa domination sur les éléments et donc son identité de Créateur quand il apaise la tempête sur le lac de Tibériade alors que les apôtres galèrent pour la maîtrise de la barque.

Avec l’écologie intégrale et le paragraphe 2 de LS nous découvrons que la planète fait partie de ces pauvres qui souffrent et sont oppressés par un malheur. Nous pouvons mettre en parallèle du texte de Job celui du chapitre 8 de Saint Paul aux Romains qui nous donne à connaître la clameur de la terre qui attend sa libération. Ce n’est pas nous qui pourrons sauver la création, mais cela est bien l’action du Seigneur Jésus ressuscité qui la fera entrer dans le régime de la création nouvelle. En attendant, Jésus nous donne les signes du salut à venir par ces guérisons et ces libérations. Ces signes anticipent sur cette espérance et cette promesse qui nous est faite d’une victoire totale sur le mal, le malheur, le péché et la mort. En attendant, que faire alors ? Tout simplement l’annoncer, annoncer cette espérance pour les pauvres et la création tout entière. Comme pour saint Paul, « c’est une nécessité qui s’impose à » nous. Cette annonce passe évidemment par la proclamation du kérygme, à savoir : « Jésus Christ est seigneur, il est mort est ressuscité. » Et dans la perspective de l’évangile de Marc en son chapitre final et dans la perspective de l’EI, la bonne nouvelle est adressée à toute la création. Nous sentons-nous pressés par l’urgence de cette annonce ? Saint François d’Assise nous montre l’exemple en le faisant pour les oiseaux.