Chronique FabienR. 20-fév-2021

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Chronique d’Écologie intégrale tous les lundis sur Radio Espérance.

Chronique d’écologie intégrale du 1er dimanche de Carême Année B

Samedi 20/02/2021

Acronymes – LS : Laudato Si’, EI : Ecologie Intégrale

Le carême apparaît comme un temps pour faire alliance selon la perspective de l’EI. Un temps pour retrouver l’esprit de l’Alliance entre Dieu et les hommes, entre Dieu et la création, et entre l’homme et la création. En effet au lieu de nous rappeler les termes de l’alliance mosaïque et le don de la Torah au Sinaï, les textes de ce jour insistent sur l’alliance avec Noé au ch. 9 du livre de la Genèse. La première lecture nous invite en effet à retrouver le sens des réalités terrestres afin d’ajuster nos relations fondamentales selon l’EI, le rapport à Dieu, aux autres, à soi-même et aux créatures non humaines. On voit dans ce texte Dieu passer une alliance après le déluge qui est une sorte d’éradication d’une création insatisfaisante. Après le déluge Dieu décide de donner une seconde chance à la vie et aux humains. Ce récit de recréation s’accompagne d’une bénédiction et d’une alliance entre Dieu et Noé, sa famille et toutes les vivants, la terre, la création toute entière. « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous ». L’objet de cette alliance est le fait que plus jamais Dieu ne détruira la création, le déluge n’aura plus jamais lieu. Et surtout Dieu affirme l’importance qu’il donne à tous les éléments de la création représentés par les animaux qui sont préservés dans l’Arche. Ils sont si importants que Dieu décide de faire alliance avec eux. Cela exprime quelque chose de leur bonté d’êtres créés ce que LS appelle leur valeur propre et intrinsèque. Voilà un élément intéressant à intégrer dans notre rapport aux biens matériels pendant le carême. L’effort qui peut être fait ici dans le cadre du jeûne peut alors prendre la figure de l’abstention d’une consommation de bien dans l’esprit de retrouver le sens de la relation d’alliance entre Dieu et la création et entre nous-mêmes avec toute la création.

Le don de l’alliance s’accompagne d’une série de conditions et de commandements, ce que rappelle le Ps 24. Il insiste notamment sur le rapport entre la Loi et l’amour de Dieu qui est donné. Le croyant désire cette alliance et la demande de tout son cœur car il sait qu’elle est un chemin de vie et de Salut. L’alliance de Dieu avec toute la création est bien chemin de salut car elle conduit à la création nouvelle.

La deuxième lecture, qui est la première épître de Pierre, établit un rapport important entre le baptême et le déluge. La nouvelle alliance scellée et conclue par Jésus Christ et vécue par le baptême reprend toutes celles qui la précèdent. De Noé à Moïse et même avec les différents rois d’Israël. Par conséquent, en Jésus Christ mort et ressuscité c’est bien aussi l’alliance avec la création qui est portée à son achèvement et son accomplissement. Le baptême nous est alors l’occasion de faire mémoire de ces alliances précédentes. Le baptême c’est Dieu qui fait alliance avec nous, il nous fait passer par la mort et la résurrection de son Fils Jésus, il nous fait passer par la destruction de la création pour nous associer à la grande alliance cosmique qui implique toutes les créatures, en vue de la création nouvelle dans laquelle le banquet de l’alliance nouvelle et éternelle sera célébré. Alors le carême peut être vécu comme ce temps privilégié où l’on peut se remettre dans les dispositions de la conclusion de l’alliance avec Dieu pour, selon l’expression consacrée, renouveler les promesses de son baptême.

Et encore un fois Jésus nous montre l’exemple. Les événements de sa vie sont pour nous paradigmatiques voire normatifs: il est baptisé par Jean, et pour se préparer à vivre de la Parole de Dieu et l’annoncer, il part au désert pour y être mis à l’épreuve, et même tenté nous dit le texte évangélique. S. Marc est discret sur les objets de la tentation mais il insiste sur l’après : l’ascèse à laquelle se soumet Jésus en fait un être réconcilié. Il peut ainsi pleinement vivre l’alliance avec la création : « Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. » Jésus, l’Homme Parfait, parfaite image du Père, nous indique ce qu’est une vie humaine parfaite, vécue selon les termes d’une alliance ponctuellement respectée. Les différentes relations fondamentales sont ajustées : il ne succombe pas aux tentations, relation à lui-même, il est fidèle à Dieu, il vit en harmonie avec les créatures tant terrestres, les animaux selon les termes de l’alliance noachique, que célestes car les anges le servent, avec les autres car il part annoncer la Bonne nouvelle du Salut, l’évangile de Dieu. Je ne peux terminer ce commentaire sans rappeler que le pape François dans LS nous enseigne que la création est aussi une bonne nouvelle annoncée par le chrétien.